09 mai 2008
Le drame birman
On ne connait pas beaucoup la Birmanie. Sans doute parce que c'est un des pays parmi les plus fermés du monde et où la junte militaire ne laisse pas beaucoup d'informations filtrer. La Birmanie est au bord du Golfe du Bengale entre le Bangladesh et la Thaïlande et compte près de 50 millions d'habitants. Elle a acquis son indépendance du Royaume-Uni en 1948. La démocratie parlementaire ne résiste pas au coup d'Etat militaire du général Ne Win en 1962. Au pouvoir jusqu'en 1988, il impose des réformes socialistes sans pour autant se ranger dans le bloc soviétique. En 1988, des manifestations sont violemment réprimées par l'armée et Ne Win laisse le pouvoir à une nouvelle junte militaire. Sous la pression populaire, des élections libres sont organisées en 1990. La junte espère légitimer son pouvoir mais c'est le parti d'Aung San Suu Kyi, opposante démocrate, qui remporte largement le scrutin. Les élections sont annulées et depuis Aung San Suu Kyi est régulièrement emprisonnée ou mise en liberté surveillée. Elle reçoit le Prix Nobel de la Paix en 1991. L'année suivante Than Shwe devient chef d'Etat et l'est encore aujourd'hui. Il se débarrasse en 2004 du Premier ministre Khin Nyunt, un de ses rivaux jugés trop modérés. En interne, les luttes de pouvoir sont importantes notamment avec Maung Aye, chef des armées et numéro 2 du régime. En 2005, la junte décide brutalement de transférer la capitale dans une ville nouvelle où les généraux vivent retranchés. En septembre 2007 de nouvelles manifestations sont réprimées. La dictature est donc dirigée d'une main de fer par Than Shwe qu'il est la réincarnation d'un roi. Quasiment paranoïaque, il se voit des ennemis partout et se fie beaucoup à l'astrologie. Il n'a pas hésité à faire tirer sur les manifestants en 1998 et en 2007 et a maintenu les universités fermées pendant 11 ans. Atteint d'un cancer du pancréas et de diabète, il aurait des moments d'absence et de démence. Le régime repose sur l'armée qui compte 400 000 hommes et qui contrôle tout. Elle utilise couramment le travail forcé et ne respecte pas les libertés fondamentales. La télévision diffuse en boucle la propagande de la junte et l'accès à internet est réservé à l'armée et aux entreprises. L'industrie est peu développée mais la production d'opium abondante. 
Le cyclone Nargis a touché ce pays il y a quelques jours. Les autorités parlent de 23000 morts mais les observateurs internationaux avancent le chiffre de 100 000 victimes. Le cyclone ayant tout balayé sur son passage il y aurait 1,5 millions de sinistrés. La junte entend gérer seule l'aide internationale. Elle restreint l'accès des journalistes et des humanitaires au pays. La télévision montre des images de soldats distribuant des vivres mais en réalité ils sont bien peu nombreux à aider les victimes et détournent l'aide pour leur famille. Le referendum de demain sur la nouvelle Constitution est maintenu. Il doit permettre la tenue d'élections multipartites en 2010 et le transfert du pouvoir aux civils. Mais l'opposition y voit un moyen pour l'armée de conserver le pouvoir, à travers l'association du développement et de la solidarité. Dirigée depuis 1993 par Than Shwe, elle regroupe 15 à 18 millions d'adhérents.





